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BELGRADE (Reuters) - La Serbie a franchi mercredi une nouvelle étape dans son opposition à l'indépendance du Kosovo en indiquant qu'elle refuserait tout rapprochement avec l'Union européenne et l'Otan si les pays occidentaux venaient à la reconnaître.
L'assemblée nationale a voté par 220 voix pour et 14 contre en faveur d'une résolution affirmant que la Serbie ne signerait aucun traité qui ne reconnaîtrait pas son intégrité territoriale et sa souveraineté sur le Kosovo.
Le texte bénéficie du soutien du président Boris Tadic et du Premier ministre Vojislav Kostunica, qui dirigent les deux principaux partis de la coalition au pouvoir en Serbie.
Les nationalistes et les opposants du Parti radical ont également donné leur approbation.
Le texte stipule que "tous les accords internationaux signés par la Serbie, y compris l'ASA (accord de stabilisation et d'association), doivent être conformes avec la préservation de la souveraineté et de l'intégrité territoriale du pays".
La signature de l'ASA est la première étape d'une adhésion à l'UE, et la Serbie a pour l'instant paraphé, mais pas signé, un tel document. L'UE a proposé à Belgrade une adhésion rapide en échange de la résolution du dossier kosovar. La Serbie a offert au Kosovo une large autonomie mais refuse l'idée d'indépendance.
PATRIOTISME
Les débats ont été teintés de patriotisme. Plusieurs orateurs ont jugé la formulation de la résolution trop vague, ce qui vise peut-être à donner, par la suite, une plus grande marge d'interprétation aux dirigeants serbes.
"La Serbie n'acceptera jamais l'indépendance du Kosovo", a prévenu Tadic, qui a annoncé qu'il maintiendrait la pression diplomatique en ce sens lors de la session du Conseil de sécurité des Nations unies prévue le 9 janvier.
Si la force de maintien de la paix de l'Otan ne protège pas adéquatement la minorité serbe du Kosovo, "l'armée serbe est prête", a-t-il ajouté, un durcissement de ton peut-être destiné à renforcer sa position en vue de sa réélection.
Le Kosovo est administré par les Nations unies depuis 1999 et la sécurité y est assurée par l'Otan. L'Union européenne s'apprête à remplacer les Nations unies, les forces de l'Otan devant rester en place.
Kostunica, qui est généralement le plus combatif des deux, a estimé que la résolution "ferait savoir aux Serbes du Kosovo (...) qu'ils doivent ignorer toute déclaration unilatérale d'indépendance".
La plupart des Serbes du Kosovo vivent dans le nord de cette province. Selon des analystes, toute partition à l'initiative des Serbes serait dure à empêcher, à supposer que les parties le veuillent vraiment.
Les Albanais du Kosovo prévoient de proclamer leur indépendance début 2008 et sont soutenus dans ce projet par de nombreux pays occidentaux.
LES NATIONALISTES SCEPTIQUES
Une source gouvernementale haut placée a déclaré que la résolution visait avant tout à préserver la fragile coalition au pouvoir le temps de la campagne pour la présidentielle de janvier. Il a ajouté que l'UE savait qu'elle ne signalait pas un changement de position de la part de Belgrade.
Le ministre des Affaires étrangères, Vuk Jeremic, un pro-occidental, a formulé l'espoir que la Serbie signe l'ASA avant la fin janvier, malgré la résolution, mais aussi sans céder sur la question de sa souveraineté sur le Kosovo.
Les ultranationalistes se sont interrogés ouvertement sur les arrière-pensées de la coalition.
Le discours de Kostunica "était comme une berceuse, comme une anesthésie avant l'amputation", a déclaré Tomislav Nikolic, du Parti radical serbe.
"Nous allons voter cette résolution, mais vous nous devez une explication. Cela signifie-t-il que vous allez accepter de signer l'accord avec l'UE même s'il n'affirme pas l'appartenance du Kosovo à la Serbie ?"
Le Parti socialiste de l'ancien homme fort de Belgrade Slobodan Milosevic s'est montré lui aussi sarcastique.
Le leader socialiste, Ivica Dacic, a dit que son parti soutiendrait entièrement la résolution, mais a ajouté: "Pourquoi nous avez-vous renversés ?"
Selon des sondages, la majorité des serbes veulent adhérer à l'UE et conserver le Kosovo, volonté qui correspond à celle de Tadic.