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Né en 1892, J.R.R. Tolkien avait commencé à travailler à cette histoire dès 1919, après son retour des tranchées. Au cours de sa vie, il est revenu à plusieurs reprises, et de façon obsessionnelle, à ce conte. Il en a écrit et réécrit plusieurs fragments, en prose et en lais (poème lyrique), mais sans jamais pouvoir en achever le récit dans une version qui le satisfasse. Voilà un indice de l'intérêt que Tolkien accordait à cet épisode de l'histoire de la Terre du Milieu.
Après sa mort, l'écrivain a légué à son fils Christopher un gigantesque corpus de notes et de dessins. « L'oeuvre de Tolkien est un iceberg, explique Vincent Ferré, enseignant à Paris-XIII et spécialiste de l'auteur. A sa mort, en 1973, on n'avait accès qu'à une petite partie de ses écrits. Il a chargé son fils de les publier. Ce roman n'est certainement pas un inédit trouvé au fond d'un tiroir. Christopher est très respectueux des écrits de son père. Il a donc pris le temps de compiler et d'ordonner les différents segments d'une histoire éparpillée. Avant cette publication, seuls les lecteurs les plus motivés pouvaient reconstituer le puzzle de l'histoire de Húrin. » De l'aveu même de Christopher Tolkien, « la difficulté était d'imposer une structure narrative ferme » à l'ultime ouvrage de son père. Le résultat : une succession de malheurs, d'errements des héros et de combats contre un destin implacable, qui possède la force de récits historiques. « Tolkien est du côté d'Alexandre Dumas, estime Vincent Ferré. Il ne fait pas de la littérature d'évasion. Mais à travers des récits merveilleux, il nous parle de notre monde. »
L'histoire des Enfants de Húrin se déroule 6 000 ans avant les événements du Seigneur des anneaux. Plus reculés, mais pas moins tourmentés, ces temps voient s'affronter les hordes du seigneur Ténébreux Morgoth et des armées d'humains et d'elfes. On croisera aussi quelques nains mais pas de hobbits... Tout commence par la dantesque Bataille des Larmes Innombrables, durant laquelle le seigneur Húrin est fait prisonnier et contraint de suivre, impuissant, la destinée maudite de son fils de 9 ans, Túrin...
Les critiques ont souvent reproché, à tort, le manichéisme de Tolkien. Barbarie, cruauté et désespoir sont partagés par tous les personnages. Le héros lui-même, Túrin, assume ses contradictions de combattant parfaitement lucide sur les atrocités de la guerre, mais toujours prompt à se battre. Les Enfants de Húrin est un récit sombre, dont la mélancolie sadique est renforcée par l'écriture blanche et sans effets de manche de Tolkien.
Tirage Le premier tirage de Bilbo le Hobbit en 1937 s'élevait à 1.500 exemplaires... Impossible de savoir précisément aujourd'hui combien s'en sont vendus dans le monde. L'éditeur Harper Collins n'a pas communiqué de chiffres globaux depuis trente ans. A l'époque, on parlait déjà de 100 millions d'exemplaires. Avec Le Seigneur des anneaux (1955), on atteignait 500 millions. Mais depuis la sortie des films, les ventes ont explosé. Des experts anglais estiment que plus d'un milliard de personnes ont déjà lu un roman de Tolkien.