Bienvenue à toutes et à tous sur mon blog politique. Vous y trouverez mes textes ou ceux de mes collaborateurs, des articles intéressants, des munitions idéologiques, des blagues pour vous détendre un peu dans ce monde de brut, et quelques photos et imag
Ils sont au moins 20 % à se « doper » avant les examens, pour améliorer leurs performances ou gérer le stress. Les médecins s'inquiètent de la banalisation de ces pratiques et mettent en garde contre les risques de dépendance psychologique.
Lydia n'est pas dépressive. Juste très active. Entre les cours, les examens, les engagements associatifs et les soirées, elle veut garder la forme. Ce traitement lui permet aussi de rentabiliser ses heures de sommeil : un comprimé à midi, un autre le soir, elle s'endort au quart de tour. Bien sûr, elle évite de crier sur les toits qu'elle gère son stress à coups d'antidépresseurs. Seule sa famille est dans la confidence. Son psychiatre aussi, puisqu'il signe les ordonnances. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'elle l'a choisi.
Lydia ne fait pas exception. Comme elle, bien d'autres jeunes, filles et garçons, utilisent des stimulants pour améliorer leurs capacités intellectuelles. Le phénomène n'est pas nouveau : en 1997, une enquête de l'Observatoire de la vie étudiante (OVE) avait montré que 1 étudiant sur 5 se « dopait » avant les examens. La même étude, effectuée en 2006, a abouti au même résultat. Les données plus récentes manquent, mais tout indique que cette proportion est à la hausse. Avec des secteurs plus touchés que d'autres : les grandes écoles, les filières médicales et les classes préparatoires. « Entre avril et juin, on observe un vrai boom sur les stimulants, confirme une pharmacienne parisienne. Les étudiants débarquent les uns après les autres avec la publicité du produit qui les intéresse, découpée dans un magazine. »
La plupart d'entre eux consomment des « dopants » légers (vitamines, plantes, magnésium). Ainsi le marché des compléments alimentaires est-il en perpétuelle progression. En 2007, les recettes s'élevaient à plus de 1 milliard d'euros, selon le Syndicat des fabricants de produits naturels, diététiques et compléments alimentaires (Synadiet), soit 8 % d'augmentation par rapport à 2006.
Reste à savoir si ces aides sont efficaces... Le Dr Patrick Laure, médecin de santé publique et chercheur au Laboratoire lorrain de sciences sociales, à Metz (Moselle), est catégorique : « L'effet est uniquement psychologique. L'étudiant est persuadé que ça va l'aider, ou qu'en tout cas ça ne lui fera pas de mal. A chaque examen, il va prendre sa pilule et, petit à petit, augmenter les doses. » Le jeune consommateur se convainc que sa réussite dépend de son traitement, que sans cela il n'est bon à rien. Les médecins parlent alors de « conduite dopante ».
Chez Arkopharma, spécialisé dans les compléments alimentaires naturels, on reconnaît que le marché de la mémoire et de la concentration est lucratif. Les recettes auraient augmenté de « plus de 18 % » depuis le printemps 2007, selon Laurent Martineau, chef de groupe au laboratoire. Pourtant, aucune étude n'a prouvé l'efficacité du Memoboost, le produit phare du labo, censé « favoriser l'activité intellectuelle ». « Nous n'avons pas nous-mêmes testé ses effets, mais ce stimulant contient du ginkgo [plante médicinale], reconnu par de nombreux travaux scientifiques pour son impact positif sur la circulation cérébrale », affirme Laurent Martineau.
Anxiolytiques contre le stress, somnifères pour dormir
Il n'y a pas de Memoboost dans l'armoire à pharmacie d'Amandine, étudiante à l'Ecole vétérinaire de Lyon. Mais on y trouve bien d'autres choses... Du Guronsan, par exemple, un antiasthénique qui contient notamment de la vitamine C et de la caféine. Amandine en avale trois ou quatre pilules par jour. « En période d'examen, pour gérer le stress, il m'arrive aussi de prendre des anxiolytiques, genre Lexomil. Pour dormir, car je suis devenue insomniaque, j'ai des somnifères, un demi-comprimé ou un comprimé au coucher. Je consomme parfois du Tramadol [dérivé morphinique délivré sur ordonnance], à cause de maux de tête récurrents en période de partiels. C'est un peu fort, mais ça fait taire mes douleurs et je révise plus longtemps. »
Amandine est organisée, et prudente : elle n'achète rien sur Internet ; tout ce qu'elle consomme est prescrit par un psychiatre. Et, si ses amis sont au courant de ses pratiques, ses parents, eux, n'en savent rien. « Mieux vaut ne pas les perturber avec ça : ils sont de la vieille école, ils pensent que toute personne sous antidépresseurs est folle. » Le risque de dépendance psychologique ? Amandine ne le ressent pas ; et, pour tout dire, elle s'en moque un peu, persuadée qu'elle est de pouvoir contrôler sa consommation. « On n'est tout de même pas des drogués », assure-t-elle.
« Sous Prozac pendant deux ans, j'ai mis six mois à me sevrer »
Maria, elle non plus, n'avait pas l'impression de se droguer. Le bac en poche, elle s'est inscrite à 18 ans dans une classe préparatoire littéraire à Paris. Comme la majorité de ses camarades, elle a fini par se mettre aux stimulants légers. Mais à fortes doses : quatre ou cinq Guronsan le matin, 1 litre de café dans la journée, puis, progressivement, des antidépresseurs : « Je ne tenais pas le rythme. Je voyais tout le monde suivre, et moi, je galérais. J'étais déprimée, loin de ma famille. Mon seul horizon en dehors des cours, c'était la bibliothèque. » Son professeur d'histoire lui a donné l'adresse d'un psychiatre qui prescrivait facilement des médicaments. « Le prof s'en foutait, de ma santé, ajoute Maria. Il voulait juste que je sois capable d'ingurgiter ses cours. Du coup, j'ai été sous Prozac pendant deux ans et j'ai mis six mois à me sevrer. »
Le Dr Laure s'inquiète de cette tendance à la surmédication : « Le problème aujourd'hui, c'est que les patients cherchent des produits non pas pour soigner une maladie mais pour être plus intelligents ou moins stressés, ce pour quoi ces pilules ne sont pas conçues. Il y a une vraie confusion dans toute la société. Cette exigence ne fait que croître. A un moment, certains n'arriveront plus à suivre cette course à la performance. »
A défaut de développer l'intelligence, le magnésium et la vitamine C ne font au moins pas de mal. Mais ils sont trop légers pour certains bachoteurs. Les amphétamines ? Trop dangereuses pour la santé. La cocaïne ? Le prix de cette drogue a chuté (50 euros le gramme), mais les effets secondaires sont souvent dévastateurs. Certains étudiants ont trouvé des produits licites bien plus efficaces pour stimuler leur concentration : les smart drugs (pilules de l'intelligence). Une molécule est très recherchée : le modafinil, une sorte de superamphétamine.
Inscrit depuis 2004 sur la liste des produits interdits par l'Agence mondiale antidopage, le modafinil a été testé pour la première fois sur des soldats français durant la guerre du Golfe, en 1991. Il leur permettait de repousser les limites de la fatigue, d'être opérationnels après avoir dormi seulement deux ou trois heures. Selon les médecins, il n'y aurait pas d'effets secondaires. A condition, bien sûr, de ne pas dépasser les doses...
En principe, ce produit est prescrit pour traiter les troubles graves du sommeil. Mais, grâce à Internet, il attire d'autres clients. Pour 76 euros, n'importe qui peut se faire livrer, sans ordonnance, une boîte de 100 comprimés de 200 milligrammes. Certains étudiants l'ont bien compris, mais le sujet reste tabou. Jean, élève en école d'ingénieurs, en sait quelque chose : « En prépa, j'avais un pote dont le père était pharmacien. Il fournissait tous ceux qui le voulaient en Modiodal [médicament contenant le modafinil]. Moi, je n'en ai pris qu'une fois, pour voir. C'est incroyable. Tout rentre très vite dans ta tête et, surtout, tu es en superforme alors que tu n'as quasiment pas dormi. » Jean a rapidement arrêté le Modiodal. Trop risqué : « Mes parents sont médecins et ils m'auraient tué s'ils m'avaient vu consommer des psychostimulants. »
Certes, avec le modafinil, on est loin des pratiques dopantes de certains sportifs. Mais pour Dominique Barnouin, psychologue au centre d'addictologie de Grenoble, le mélange de médicaments, même peu dangereux, est tout aussi inquiétant : « Un étudiant va prendre son Guronsan journalier, puis va se mettre aux antidépresseurs parce qu'il est un peu sur les nerfs à cause de son stimulant. Progressivement, il va avoir l'impression qu'il ne peut plus se lever sans son Guronsan, qu'il n'est bien que lorsqu'il a pris son Prozac. » Une polyconsommation qui conduit droit à la dépendance psychologique.
En général, ce ne sont pas les professeurs qui incitent les étudiants à repousser les limites de leurs capacités physiques et mentales. « Les pressions sont surtout familiales, affirme Jean. On se doit d'atteindre un niveau social élevé, parce que, pour nos parents, c'est la condition pour être heureux. Alors, derrière, il faut qu'on assure. Peu importe le prix. »
(1) Afin de garantir l'anonymat des étudiants, leurs prénoms ont été changés.