La décision de Washington de faire monter les enchères en terme de retour au « Dollar fort », obligeant Ben Bernanke à monter au créneau sur ce sujet, est porteuse d'une accélération du processus de rupture du système financier mondial (2).
En effet, Ben Bernanke est le dernier rempart avant la prise de conscience définitive par les principaux détenteurs de devises américaines et d'actifs libellés en Dollars US que Washington n'a plus les moyens de soutenir sa monnaie. Ce qui, début 2006 (avec la fin de la publication de M3 par la Fed, annoncée par LEAP/E2020), correspondait à une politique délibérée de baisse du Dollar afin d'essayer de réduire le déficit commercial américain et de limiter la valeur réelle (pour les Etats-Unis) de leur endettement mondial (qui est libellé en Dollar), s'est retourné contre ses initiateurs et se transforme en une fuite généralisée hors des Etats-Unis (fuite de capitaux, stabilité des déficits commerciaux, accroissement de l'inflation,...). La carte « Bernanke » est la dernière carte « psychologique » que peut jouer Washington. Son utilisation montre, selon LEAP/E2020, à quel point les dirigeants américains en sont arrivés aux dernières extrémités pour essayer de retenir leurs partenaires dans le système créé après 1945, et fondé sur l'économie des Etats-Unis et sa devise (3).
Quand, dans quelques semaines (après les réunions du G8 et d'autres instances), il se confirmera qu'il est impossible d'organiser la moindre action d'ampleur pour stabiliser durablement la devise américaine (et nous n'évoquons même pas l'idée farfelue de la faire remonter) puisque l'économie américaine s'enfoncera toujours plus profondément dans la récession et que le monde est déjà « gorgé » de Dollars US dont plus personne ne sait comment s'en débarrasser, alors le système financier mondial explosera en différents sous-systèmes tentant de survivre au mieux, en attendant qu'un nouvel équilibre financier mondial s'organise (4). En s'engageant dans cette voie qui ne mène nulle part, consciemment ou inconsciemment, volontairement ou non, Ben Bernanke vient de signer la fin du système financier actuel. Le retour au « Dollar fort », c'est un peu comme la « libération de l'Irak », un voeux pieux qui se transforme en cauchemar.