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La mort de Bronislaw Geremek, qui suscite une vive émotion en Pologne, intervient au beau milieu d'une tentative des conservateurs polonais de relancer le processus de "décommunisation" des élites polonaises, qu'ils avaient tenté d'imposer lorsqu'ils dirigeaient le gouvernement.
L'occasion leur en a été donnée par la publication, en juin, du livre de deux jeunes historiens conservateurs de l'Institut de la mémoire nationale (IPN), chargé d'étudier les crimes communistes et nazis. Cet ouvrage, intitulé Lech Walesa et la police secrète. Contribution à une biographie, relance la thèse d'une collaboration de Lech Walesa, héros de Solidarité, avec la police secrète communiste, la tristement célèbre SB.
En 900 pages, documents d'archives à l'appui, Slawomir Cenckiewicz et Piotr Gontarczyk tentent de prouver que le héros de Solidarité était bel et bien un agent de la SB, nom de code "Bolek", et qu'il avait espionné, pour de l'argent, ses amis. Le futur Prix Nobel de la paix a, selon ce livre, commencé à travailler pour la police secrète communiste en 1970, lorsqu'il était simple ouvrier des chantiers de Gdansk, avant d'être barré des registres pour manque de volonté de coopérer en 1976.
CHASSE AUX SORCIÈRES
Ces accusations ne sont pas nouvelles. M. Walesa, alors président de la République, avait été accusé de collaboration dès 1992 par le ministre de l'intérieur de l'époque, Antoni Macierewicz, devenu un proche collaborateur des jumeaux Kaczynski, l'actuel président Lech Kaczynski et son frère Jaroslaw, ancien premier ministre. A la suite de ces accusations, le gouvernement de l'époque a été démissionné.
Lech Walesa, qui a été blanchi par la justice, a reconnu, par le passé, avoir "commis des erreurs" et signé des documents lors des interrogatoires menés par la SB. "Il est vrai qu'il y avait des discussions (...). Et il est vrai que je ne suis pas sorti de cette bataille complètement blanc", a-t-il écrit dans son livre, Le Chemin de la liberté. Il a cependant toujours nié avoir été Bolek. Il estime que le livre est "un amas de photocopies sans aucune valeur", que les documents contre lui ont été falsifiés par la SB dans les années 1980.
Les deux historiens tentent de prouver que Lech Walesa a, durant sa présidence (1990-1995), cherché personnellement à détruire les documents de la SB le concernant. Selon eux, toute la présidence Walesa a été marquée par ce "péché originel" et a été la raison du refus de M. Walesa de mettre en place un programme de "décommunisation", refus qui, disent-ils, a permis aux anciens agents de se reconvertir dans le système démocratique.
Cette théorie relaie celle du "complot" entre les anciens communistes et certaines élites de Solidarité prônée par les Kaczynski pour justifier leur volonté d'épuration. "Lorsqu'on fuit la décommunisation, elle revient comme un boomerang", écrit Piotr Semka, un commentateur conservateur du quotidien Rzeczpospolita. Jaroslaw Kaczynski estime que le livre est un coup donné à l'establishment politique polonais d'après 1989.
Bronislaw Geremek, qui a été au côté de Lech Walesa un des acteurs de la transition négociée de 1989 entre le communisme et la démocratie, avait mis tout son prestige dans la bataille contre la chasse aux sorcières voulue par le gouvernement conservateur en 2007. Il a été lui-même menacé d'être privé de son mandat d'eurodéputé pour avoir refusé de signer une déclaration de non-collaboration.