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Bienvenue à toutes et à tous sur mon blog politique. Vous y trouverez mes textes ou ceux de mes collaborateurs, des articles intéressants, des munitions idéologiques, des blagues pour vous détendre un peu dans ce monde de brut, et quelques photos et imag

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Jules César, les pirates et les silures du Rhône


Le buste de Jules César. Il devait orner un grand arc de la rive droite du Rhône.  (photo: Drassm)



HISTOIRE. L'archéologue Luc Long raconte comment il a trouvé l'extraordinaire buste grandeur nature du conquérant des Gaules au fond du fleuve à Arles. Une pièce unique, sans doute réalisée du vivant de l'empereur.

La face de la cité rhodanienne s'en trouvera bientôt changée. Jusqu'ici, à côté d'un lion rugissant, la tête de l'empereur Auguste incarnait l'Arles doublement millénaire. Mais Auguste cédera un jour sa place au fondateur de la ville en 46 av. J.-C., Jules César en personne. Le buste grandeur nature d'un César âgé, retrouvé l'été dernier dans le Rhône à Arles, sera exposé dès septembre 2009 dans le musée archéologique local. Pas question que la pièce de marbre soit confiée au Louvre, comme cela a été évoqué récemment.

En visite lundi dernier sur place, à l'occasion des Rencontres de la photographie, la ministre française de la Culture a assuré les autorités que le buste restera arlésien. Il est si extraordinaire par sa rareté (il serait le seul portrait retrouvé qui ait été réalisé du vivant de Jules César), si poignant dans son réalisme, si magistral dans son exécution que la ville s'est trouvé un nouvel emblème impérial.

Attablé à une table de café sur la place du Forum, Luc Long se dit en tout cas «très fier» d'avoir mis la main sur le buste en août 2007, par dix mètres de profondeur, à environ 40 mètres de la rive droite du fleuve. Luc Long est un robuste archéologue de 55 ans, également plongeur professionnel. Il dirige depuis des années les fouilles dans le Rhône, à la hauteur d'Arles, pour le compte de l'Etat français. A la fin de l'été dernier, raconte-t-il, la visibilité dans le fleuve s'était un peu améliorée. Elle était passée de 15 à 40 cm en direction du chenal central, où le courant est fort, les carcasses de bagnoles nombreuses et les silures agressifs - «ces poissons font parfois deux mètres de longueur et ils sont aussi malvoyants que nous sous l'eau; ils nous attrapent par les palmes avant de se rendre compte que nous sommes trop gros pour être avalés», sourit Luc Long.

Les fouilles n'étaient pas commencées depuis longtemps qu'un des plongeurs de l'équipe a aperçu un buste dans le limon, le visage tourné vers le bas. Aussitôt prévenu, Luc Long s'est rendu sur place. L'éclat blanchâtre de la pierre, sous sa lampe de plongée, l'a convaincu que le buste était en marbre. Puis en dégageant le visage de sa gangue limoneuse, Luc Long a aperçu ce regard dur, cette «severitas» qu'il a immédiatement reconnue. De sa profondeur rhodanienne, où il reposait depuis 2000 ans, Jules César le contemplait d'un œil aussi dur que le marbre.

La campagne de l'été et de l'automne 2007 a été fructueuse. Outre le buste de César, les archéologues français ont repêché une statue en marbre de Neptune haute de 1,80 mètre, une statue en bronze d'un homme barbu aux mains liées de 70 centimètres (un esclave? Marsyas?), une statue en bronze doré de Victoire, ainsi que 200 autres pièces de moindre importance historique.

Ces trésors sont sans doute issus des temples, arcs, mausolées et autres monuments qui ponctuaient la rive droite du Rhône, jusqu'à en former, Luc Long en est convaincu, une façade monumentale qui répondait en miroir à la cité romaine de l'autre côté. Une cité alors opulente, marchande, qui tirait parti de sa position stratégique sur le Rhône, à la fois port fluvial et port maritime.

Le buste de César devait orner un grand arc de la rive droite. Il a sans doute été jeté dans l'eau dans la période de «damnatio memoriae» qui a suivi l'assassinat de l'empereur. Ou, plus prosaïquement, le buste a servi de remblais au cours des époques postromaines, comme tant d'autres ruines marmoréennes.

La découverte du buste n'a été communiquée par l'Etat français qu'en mai 2008. Il s'est tout d'abord agi de confirmer que l'on avait bien affaire au conquérant des Gaules. Les références physionomiques de César sont bien sûr les nombreuses pièces de monnaie frappées à son effigie, de son vivant. Mais s'il existe encore près de 200 portraits de César, tous sont largement posthumes. Luc Long concède qu'un sérieux doute entoure la tête de Tusculum, conservée au musée archéologique de Turin. Mais celle-ci, avec son visage émacié et ses narines pincées, aurait été exécutée à partir du masque mortuaire de l'empereur. Le style réaliste du buste d'Arles, ce «vérisme bourgeois» empreint de rigueur, est typique de la période républicaine au milieu du Ier siècle avant J.-C.

L'autre raison du silence, pendant neuf mois, des archéologues et des autorités est la crainte que les pilleurs de trésors archéologiques n'aient la tâche trop facilitée. Ces pirates, dont beaucoup sont des plongeurs aguerris, ont pour habitude d'observer les archéologues au travail, puis de plonger en douce pour moissonner le fond du fleuve. Une amphore vaut facilement 2000 ou 3000 euros au marché noir. «Je sais qu'ils nous observaient l'été dernier à la jumelle, dit Luc Long. Non que je les aie aperçus moi-même, mais la douane les avait repérés et placés sous écoute! Ils nous ont contraints à sortir une sculpture en bronze de nuit, pour être le plus discrets possible...»

Bien sûr, à l'annonce de la découverte, des voix ont contesté que le buste arlésien soit celui de César. Luc Long sait mieux que personne que ces querelles d'experts font partie du jeu. Il a participé aux recherches en mer de l'avion d'Antoine de Saint-Exupéry et à celles de la grotte préhistorique de Cosquer, elles aussi un temps entourées de polémiques. Sans les citer, Luc Long assure que les deux meilleurs spécialistes mondiaux de César sont eux aussi persuadés de l'authenticité des traits marqués de cet homme alors quinquagénaire, à la calvitie plus que naissante. Des analyses récentes ont montré que le marbre du buste provenait de Grèce, sans doute de Paros.

D'autres analyses ont révélé d'inquiétantes microfissures causées par deux tenons qui sont toujours fichés dans la tête de pierre. Le métal de ces goujons était stable tant que la sculpture reposait dans le limon peu oxygéné, mais ils ont commencé à se corroder à l'air libre. Et voilà que César se craquelle. Vivant, il aurait sans doute tiré une maxime de cette expérience cuisante.


Le Temps
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