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Bienvenue à toutes et à tous sur mon blog politique. Vous y trouverez mes textes ou ceux de mes collaborateurs, des articles intéressants, des munitions idéologiques, des blagues pour vous détendre un peu dans ce monde de brut, et quelques photos et imag

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ROUMANIE • Auschwitz, Caen et… Sighet


Une prison de triste renommée accueille à Sighet, dans le nord du pays, un musée à la mémoire des victimes de la "terreur rouge". Le quotidien roumain Evenimentul Zilei revient sur l'histoire mouvementée de ce lieu qui fête ses quinze ans d'existence.

Dessin de Kevin Hauff, Londres
Le Mémorial de la résistance et des victimes du communisme à Sighet, ville du nord de la Roumanie, a célébré cette année ses quinze ans d'existence. Premier mémorial dédié aux victimes du communisme dans le monde, il a été retenu en 1998 par le Conseil de l'Europe parmi les trois premiers lieux de mémoire européenne, avec Auschwitz et le Mémorial de la paix à Caen, dédié au débarquement américain en Normandie. A l'occasion de cet événement, la direction du mémorial roumain a lancé un DVD, intitulé Musée à emporter, un produit original qui permet au spectateur d'effectuer une visite virtuelle du musée de Sighet. L'installation du mémorial à Sighet n'était pas fortuite. Le Centre international d'études sur le communisme et le musée, les deux parties du mémorial, sont situés sur l'ancien emplacement de la prison politique de la ville, jadis surnommée la "prison des ministres". Construit en 1897 par l'Empire austro-hongrois comme prison de droit commun, le bâtiment s'est transformé à partir de 1944 en un centre de déportation des juifs et des militants antifascistes vers les camps de concentration d'Allemagne et de Pologne. Il est ensuite devenu l'une des plus sinistres prisons du système d'épuration politique communiste. A partir de 1950, bon nombre de membres de l'élite intellectuelle du pays ont dépéri entre ses murs. Historiens, politiciens, journalistes, économistes, prêtres arrivaient ici par centaines, souvent sans même être passés par la case du tribunal.

L'initiatrice du projet est la poétesse roumaine Ana Blandiana. Elle lança cette idée, en 1993, avec, pour credo : "Quand la justice n'arrive pas à être une forme de mémoire, la mémoire peut à elle seule être une forme de justice." Cette phrase figure désormais en ouverture du site Internet du musée (www.memorialsighet.ro). "Aujourd'hui tout ceci paraît ridicule, mais, il y a quinze ans, ceux qui, comme nous, luttaient pour la réhabilitation de la mémoire des victimes du communisme étaient considérés comme antiroumains. C'était nous, les personnages négatifs de l'Histoire", a-t-elle expliqué, la voix tremblante, lors de la cérémonie du quinzième anniversaire. Les choses ont quelque peu changé après 1994, lorsque Blandiana a reçu le soutien du Conseil de l'Europe pour son projet de mémorial. "C'était un moment décisif. Le Conseil de l'Europe ne finançait pas habituellement ce genre d'initiatives, surtout qu'à l'époque la Roumanie n'était même pas membre", se souvient Blandiana. "Lorsque le Conseil de l'Europe a décidé de nous soutenir, la presse a titré sur le ‘sacrilège de Sighet', nous accusant d'avoir ‘vendu à l'étranger les souffrances des Roumains'", poursuit-elle.

Le grand changement est venu avec les élections de 1996 [perdues par le président Ion Iliescu], l'année où les premiers visiteurs ont pu pénétrer dans le musée. Le nouveau pouvoir, représenté par la Convention démocratique de Roumanie d'Emil Constantinescu (droite libérale), a milité pour que le mémorial de Sighet devienne un "lieu d'intérêt national", ce qui fut possible grâce à une loi votée en 1997.

Le DVD, disponible désormais dans les librairies, permet de visiter à distance les cinquante salles d'exposition illustrant la résistance au communisme et la répression brutale du régime. On peut également voir en trois dimensions les cellules des détenus, notamment celle où est mort le leader du Parti national paysan Iuliu Maniu. Un système criminel qui a éliminé, à Sighet, en seulement quelques années (1950-1955) presque toute l'élite artistique et intellectuelle de la Roumanie d'alors.

Repères
Chaque cellule de la prison est devenue une chambre du musée. Au sous-sol sont gravés sur les murs les noms des 8 000 morts dans les prisons communistes roumaines. Pas loin de la prison se trouve le cimetière des Pauvres, lieu où sont enterrées, dans un espace conçu comme la carte du pays, les personnes mortes dans cet établissement.
Depuis 1998, au Mémorial des victimes du communisme et de la résistance de Sighet a lieu, chaque année, une Ecole d'été. Les 100 élèves qui y participent (âgés de 14 à 18 ans) ont l'occasion de discuter de thèmes comme l'extrémisme, les hommes politiques ou la résistance anticommuniste, en présence d'invités comme Vladimir Bukovski [ancien dissident russe et opposant actuel au Kremlin] ou l'historien du communisme Stéphane Courtois.


Courrier International
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