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Ils ont rallié Valéry Giscard d'Estaing (VGE) à leur cause. Dans la préface au livre de Jean-Louis Butré, l'ancien chef de l'Etat s'en prend au développement "irresponsable" d'une énergie qui, à ses yeux, est moins renouvelable que "subventionnée". Il fustige un "gaspillage inacceptable des fonds publics", un "discours officiel trompeur" et même un "business souvent douteux". L'éolien est aussi la porte ouverte au "puissant lobby germano-danois", disait-il en avril, puisque les fabricants de ces deux pays (Vestas, Siemens, Nordex…) vendent leurs appareils en France.
VGE préside même un Comité d'orientation stratégique chargé de régler son compte à l'éolien. On y retrouve des ténors UMP du Sénat, comme Philippe Marini ou Henri de Raincourt, et des personnalités comme Marcel Boiteux, ancien président d'EDF, "père" du programme de construction des centrales nucléaires en France dans les années 1970 et 1980. Cela fait dire aux pro-éoliens que les anti-éoliens ne sont que les faux nez des… pro-nucléaires.
En juillet, l'Institut Montaigne, centre de recherche économique privé, a apporté… du vent à leur moulin, en publiant une étude intitulée Eoliennnes : nouveau souffle ou vent de folie ? Son auteur concluait que le programme de 25 000 mégawatts (MW) du gouvernement entraînera un surcoût pour la collectivité de 1 milliard d'euros par an entre 2008 et 2020 par rapport à d'autres sources d'énergie. Soit 100 euros par an et par Français.
Le sang des partisans de l'éolien n'a fait qu'un tour. "Contre-vérités", a répliqué le Syndicat des énergies renouvelables (SER), qui défend les industriels du secteur. Si elle a bien un coût, puisque les producteurs ont droit à un tarif de rachat de leur électricité par EDF (environ 80 euros par MW/heure), il ira décroissant de 2 % par an. Le SER souligne aussi que le prix des énergies nécessaires à la production d'électricité (charbon, pétrole, gaz) augmentera, alors que le vent restera gratuit. La construction de nouvelles centrales thermiques évitée, tout comme l'achat inutile de permis d'émission de gaz carbonique (l'éolien n'émet pas de CO2) le rendront aussi compétitif par rapport aux autres énergies. Enfin, le président du SER, André Antolini, reproche à l'Institut Montaigne d'avoir "surévalué la part de l'éolien en mer [qui coûte plus cher], alors que personne ne peut dire à combien il s'élèvera en 2020". Au total, calcule-t-il, l'éolien terrestre représentera un gain annuel net de 1,2 milliard d'euros pour la collectivité à partir de 2020 (48 euros par an et par foyer).
Le gouvernement tient le cap. "Il faut donner de la visibilité aux industriels pour développer la filière. Il n'est pas question de revenir en arrière" sur le tarif de rachat de l'électricité par EDF, a récemment déclaré, au Monde, Nathalie Kosciusko-Morizet. "Avec notre modeste parc éolien, ajoute la secrétaire d'Etat à l'Ecologie, nous éviterons en 2008 le rejet de 1,65 million de tonnes de CO2". Mais Jean-Louis Butré n'en démord pas, même s'il doute du succès de son combat. "On n'arrivera sans doute pas à arrêter la machine. Vous savez, quand on a de telles puissances contre soi !", soupire-t-il.
L'opinion ne semble pas de son côté. Selon une étude BVA réalisée auprès de 1 013 personnes pour l'Agence de l'environnement (Ademe), 79 % des Français accepteraient l'installation d'éoliennes dans leur région, et même 62 % à moins d'un kilomètre de chez eux. Un score qui, selon l'Ademe, est stable depuis 2004.