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Le mémorial au cimetière de San Salvador à Ovideo, qui porte les noms des républicains tués pendant la guerre civile espagnole.
(Photo : Reuters)
En lançant la plus vaste enquête jamais menée sur la guerre civile espagnole, le juge Garzon bouscule non seulement les démons du passé mais aussi les procureurs du royaume qui défendent depuis trente ans cette loi d’amnistie, souvent appelée « le pacte du silence ». La loi, promulguée au nom de la réconciliation nationale, deux ans après la mort du dictateur Francisco Franco, prescrit les crimes commis durant la guerre civile.
Une bataille juridique à mener
Le parquet espagnol a fait appel de la décision du juge Garzon. Il va lui falloir se défendre devant ses pairs. La notion de crime contre l’humanité a été évoquée pour la première fois contre les criminels de guerre nazis au procès de Nuremberg, en 1946. Le droit pénal n’est pas rétroactif et les crimes commis par les nationalistes espagnols l’ont été entre 1936 et 1939, mais Baltasar Garzon considère que « les crimes atroces commis après le soulèvement militaire franquiste du 17 juillet 1936 avaient déjà, à cette époque, la qualité d'actes prohibés par le droit de la guerre ». Il précise également que l’enquête et les exhumations ne concernent que des disparus et que tant qu’on ne les a pas retrouvés, le délit ne peut être prescrit. Pour qu’on ne lui reproche pas de répondre seulement aux attentes des républicains alors que des atrocités ont été commises des deux côtés pendant la guerre civile. Il explique que la loi du vainqueur s’est appliquée à la fin de la guerre d’Espagne et que les nationalistes ont pu enquêter et poursuivre en justice les responsables des massacres perpétrés par les républicains.
L’aboutissement du processus de réconciliation
Parmi les 19 fosses communes concernées par l’enquête du juge Baltasar Garzon, il y a celle où le corps de Garcia Lorca aurait été jeté par les franquistes, en 1936. Il a été fusillé avec d’autres républicains alors qu’il était le poète et dramaturge le plus célèbre d’Espagne.
La Catalogne a été pionnière dans le combat judiciaire en faveur des familles de disparus. Barcelone, capitale de la province, était le bastion de républicains mais avec 32 000 disparus, c’est l’Andalousie qui est la province plus concernée. Pas une seule partie du territoire n’a été épargné par les massacres et le Pays basque, qui s’était rallié aux républicains, reste encore profondément marqué par les atrocités et par le bombardement de la petite ville de Guernica par les Allemands qui soutenaient avec les Italiens les troupes du général Franco. La guerre civile espagnole, qui s'est terminée par la défaite des républicains et l'arrivée au pouvoir du général Franco, a fait plus de 500 000 morts, un million avec les victimes de la famine et des épidémies. Un drame considérable pour un pays qui comptait alors 26 millions d’habitants.
En 1977, la loi d’amnistie a permis à l’Espagne d’entamer sa transition démocratique mais les victimes de la guerre et du franquisme n’ont jamais baissé les bras et ils remportent régulièrement des batailles contre l’oubli et l’impunité. L’année dernière, le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero a fait adopter une loi de réhabilitation des victimes du franquisme très critiquée par la droite.
La décision du juge Garzon est cohérente puisque la justice espagnole, sous son impulsion, s'est reconnue en 2005 une compétence universelle pour juger des crimes contre l'humanité et de génocide commis hors de ses frontières, au Chili, en Argentine, au Guatemala ou encore au Rwanda. Comment, dans ces conditions, ne pas accepter de regarder son passé en face ?