«JE SUIS un Noir africain, comme on dit aux Etats-Unis... » Voilà comment se présente Pierre N'Gahane, le tout nouveau préfet des Alpes-de-Haute-Provence. A 45 ans, ce Français d'origine camerounaise, dernier-né d'une famille de sept enfants, est arrivé en France au début des années 1980. Il a alors 20 ans et un bac scientifique en poche.
« Mon objectif était alors d'étudier en France quatre ou cinq ans et de rentrer au pays pour y décrocher un poste important... » Mais c'est à Lille qu'il s'installe pour des raisons familiales et qu'il va s'intégrer à la communauté étudiante malgré quelques pulsions de retour dans un Cameroun alors frappé de plein fouet par la crise économique dans la deuxième moitié des années 1980.
Obama n'y est pour rien
En 1992, Pierre N'Gahane soutient avec brio sa thèse de doctorat en sciences de gestion à l'université catholique de Lille, « la catho », où il devient maître de conférences puis doyen en 1996 à l'âge de 33 ans et vice-président l'année suivante. Son engagement pour l'Afrique reste intact et fervent. Il recrute des dizaines de jeunes diplômés et établit des partenariats universitaires avec le Cameroun, bien entendu, mais également le Bénin ou Haïti. Il fonde alors avec une poignée d'amis africains l'association Initiatives pour le développement en Afrique-Lille (IDEAL) qu'il va diriger pendant dix ans. Jusqu'à ce jour de janvier 2007 où son téléphone sonne. Au bout du fil, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, lui propose le poste de préfet délégué à l'égalité des chances. Le 31 janvier, Pierre N'Gahane arrive à Marseille avec la volonté de poursuivre sur le terrain l'oeuvre entamée dans le cadre de IDEAL à Lille afin de mobiliser les acteurs sociaux et de faire converger les énergies dans une ville handicapée par un « certain décrochage économique ». Après vingt et un mois dans les Bouches-du-Rhône, Pierre N'Gahane quitte donc Marseille pour la préfecture des Alpes-de-Haute-Provence à Digne en affirmant que sa nomination n'est pas due à l'effet Obama. « On avait pensé à moi avant l'élection américaine. Ne voyez dans ma nomination qu'un hasard de calendrier », a-t-il déclaré hier après-midi devant la presse.