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Quand leCanard enchaîné se trompe, il le dit dans sa rubrique « Pan sur le Bec ». Dans « Le vrai Canard » c'est plus qu'un « pan sur le bec ». Les auteurs de cette enquête sur une institution française décrivent un tout autre Canard.
Tout sauf transparent : ils n'ont pu rencontrer ses dirigeants, certains de ses journalistes l'ont fait en cachette. Tout, sauf crédible : d'après les auteurs, l'histoire du compte secret de Chirac au Japon est un bobard auquel même la rédaction du Canard ne croyait pas. Tout sauf convivial : l'image de la plume trempée dans le beaujolais, colportée depuis des décennies, s'échoue sur l'aveu de l'un de ceux qui y ont collaboré une quinzaine d'années dans les années 1960 : « On s'y fait c... » La rédaction est cloisonnée, certains journalistes plus égaux que d'autres.
Pire : les fameuses révélations de la page 2 seraient largement manipulées. Sarkozy et Hortefeux ou leurs entourages en seraient même des informateurs privilégiés. Tout comme François Hollande. Faut-il croire Karl Laske et Laurent Valdiguié ? Leur enquête est précise. Elle passe le Canard à travers l'épreuve du doute nécessaire à la recherche de toute vérité.
L'histoire du Canard enchaîné est celle d'un journal contestataire des institutions, anarchisant, cultivant un esprit français libertaire et méfiant vis-à-vis des pouvoirs. « À partir des années 1970, on ne polémique plus avec les mots mais avec les faits », dit l'un des anciens rédacteurs en chef. La feuille d'impôts de Chaban, les diamants de Giscard, jusqu'aux appartements de Sarkozy et de Gaymard... Tous les lecteurs du Canard se délecteront du rappel des affaires, mais découvriront aussi les coulisses pas toujours reluisantes de certaines d'entre elles. Sans oublier les tragédies, comme le suicide de Robert Boulin ou de Pierre Bérégovoy.
Beaucoup est néanmoins pardonné au Canard, reflet d'une volonté de savoir qui brise l'omerta des pouvoirs. Les auteurs lui reprochent d'être aujourd'hui trop institutionnalisé ; ils s'étonnent de voir le Tout-Paris convié à son pot hebdomadaire. Leur enquête est salutaire car elle rappelle que les relations humaines - a fortiori politiques - sont toujours plus complexes que l'image dont naissent les mythes.
Ouest-france