L'autorité chargée de la concurrence inflige une amende de 5 millions d'euros à l'entreprise ferroviaire pour avoir favorisé sa plate-forme Internet. Elle a pris des engagements pour normaliser la situation. Cliquez ici Après six ans d'instruction, de lobbying plus ou moins relayé auprès des médias, les acteurs de ce que l'on appelait alors la « nouvelle économie » ont gagné leur bras de fer avec la SNCF. Dans une décision rendue publique hier, le Conseil de la concurrence inflige en effet une amende de 5 millions d'euros à la société nationale pour avoir favorisé ses filiales exploitant sa plate-forme Internet Voyages-sncf.com, au détriment des agences de voyages, et en premier lieu les agences « virtuelles » à la pointe dans cette bataille. L'américain Expedia, le partenaire grâce auquel l'entreprise ferroviaire a créé, fin 2001, son agence de voyages en ligne, écope d'ailleurs, lui aussi, d'une amende, mais plus légère, puisqu'elle s'élève à 500.000 euros. Conformément à sa pratique, le Conseil de la concurrence, qui avait été saisi par Karavel-Promovacances, Lastminute et Switch - les saisines remontaient à 2002, 2004 et 2007 -, a toutefois allégé la sanction infligée à la SNCF, compte tenu de ses « engagements de grande envergure ». De fait, les agences de voyages pourront commercialiser toutes les offres promotionnelles de la SNCF - qui avait été mise en cause sur la commercialisation de ses billets Prem's et la mise en page sur Internet de son offre iDTGV - et leurs clients internautes pourront imprimer eux-mêmes leurs billets de train. Concernant le billet imprimé, le conseil rappelle, dans sa roborative décision (une soixantaine de pages), que Voyages-sncf.com a été « la seule agence de voyages en ligne » a avoir disposé de cette fonctionnalité entre avril 2003 et septembre 2008... Engagements La société nationale s'est également engagée sur un traitement équitable dans le cadre de la dématérialisation des billets. Intervenant en fin de semaine dernière dans le cadre de la 4e Convention nationale des agents de voyages, à Biarritz, la directrice générale déléguée de Voyageurs France Europe, Mireille Faugère, avait déjà annoncé que la mise en place du « e-billet » s'étendrait à l'automne - à moins d'un problème technique - aux agences de voyages, qui réalisent environ 20 % des ventes de la SNCF. L'entreprise ferroviaire, dont la plate-forme Internet est tout à la fois le fer de lance de ses ventes grandes lignes - 27 % du total 2008 (+ 2 points par rapport à 2007) - et, de loin, le premier site marchand en France, s'est par ailleurs engagée à supprimer ou baisser - selon l'option retenue - le prix de la licence de son système Ravel qui permet de faire de la réservation en ligne. La SNCF promet aussi de contribuer à l'émergence d'une solution alternative, dans le cadre de discussions avec les exploitants des grands systèmes de réservation du monde du voyage (les GDS) ou des opérateurs tiers. Un état d'avancement sera même présenté aux autorités de la concurrence au plus tard à la fin du premier semestre 2009. Le Conseil souligne l'importance de cet engagement dans la perspective de la libéralisation, le 1er janvier 2010, des services de transport de voyageurs internationaux. Dans un communiqué diffusé en fin de journée, la SNCF a indiqué qu'elle « ne fera pas appel de la décision (...) sans pour autant que cela implique reconnaissance de sa part des pratiques en cause ». Elle a aussi observé « qu'elle n'a pas le monopole de la distribution des billets de train ». Plus de 3.000 agences sont agréées pour ce faire, dont 330 sur Internet, a-t-elle précisé.
Les Echos