Le Conseil de sécurité a constaté ses divisions mardi sur l'épineuse question du statut du Kosovo, la Russie menant l'opposition au plan du médiateur de l'ONU pour une indépendance surveillée de la province serbe, auquel Américains et Européens de l'ouest sont favorables. Donnant le coup d'envoi de négociations qui s'annoncent longues, le Conseil a entendu le médiateur, Martti Ahtisaari, puis le Premier ministre serbe, Vojislav Kostunica, résolument opposé à l'indépendance du Kosovo, et le président de la province, Fatmir Sejdiu, favorable à l'indépendance.
Il a ensuite procédé, sans prendre de décision, à un échange de vues sur le plan Ahtisaari, auquel la Russie, alliée de la Serbie et dotée du droit de veto, est hostile.
L'ambassadeur de Russie, Vitaly Tchourkine, a réitéré devant la presse l'opposition de Moscou au plan de l'ex-président finlandais, qui a selon lui pour principal défaut de n'avoir "pas été accepté par les deux côtés".
"Ce qui est proposé, a renchéri le Premier ministre serbe Vojislav Kostunica, est conforme à la position d'un de deux côtés, les Albanais du Kosovo, ce n'est pas un effort pour trouver un compromis entre les deux".
M. Kostunica a réitéré l'appel de Belgrade à une reprise des négociations entre Serbes et Kosovars albanais sur le statut et au remplacement de M. Ahtisaari comme médiateur.
A l'inverse, M. Sejdiu a qualifié le plan Ahtisaari de "juste et très équilibré", regrettant qu'un accord avec les Serbes ait été impossible lors de négociations sur le statut.
"Nous pensons que la seule issue viable est l'indépendance du Kosovo, avec une période de supervision internationale", a-t-il dit.
Le Kosovo, province serbe dont la majorité albanaise réclame l'indépendance, est administré par l'ONU depuis 1999 après des bombardements de l'Otan pour faire cesser la répression du régime serbe contre les séparatistes albanais.
Considérant l'indépendance comme "la seule option pour assurer la stabilité politique et la viabilité économique du Kosovo", M. Ahtisaari propose qu'elle s'exerce "dans un premier temps" sous supervision internationale, civile et militaire.
L'ambassadeur de France, Jean-Marc de La Sablière, a estimé que le plan Ahtisaari représente "non seulement une solution équilibrée mais aussi la seule option réaliste, au vu des positions antagonistes et de la situation sur le terrain".
"Sans nouveau statut, on ne pourra pas soutenir le développement politique et économique du Kosovo et son rapprochement avec l'Union européenne. La stabilité de l'Europe est en jeu", a-t-il estimé, émettant le souhait que le plan Ahtisaari soit approuvé par le Conseil dans une future résolution.
Mais la rédaction d'un tel texte devra attendre des consultations entre les capitales du Groupe de contact sur le Kosovo (Allemagne, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Russie), a indiqué l'ambassadeur britannique, Emyr Jones Parry.
Une décision devrait être prise prochainement sur l'opportunité qu'une délégation du Conseil effectue une mission d'information à Belgrade et au Kosovo, avant toute poursuite des discussions à l'ONU. Selon M. Jones Parry, cette mission, suggérée par la Russie, est souhaitée par la majorité des quinze membres.
Plusieurs ambassadeurs, dont l'Américain Alejandro Wolff, ont insisté sur le caractère unique du problème du Kosovo, rejetant l'idée qu'accepter son indépendance créerait "un précédent". La Russie, pensant à la Tchétchénie, et la Chine, au Tibet, ont émis ce type de réserves à l'indépendance de la province serbe.
Ces ambassadeurs ont souligné que l'indépendance du Kosovo constituerait simplement "l'aboutissement du processus de désintégration de l'ex-Yougoslavie".
Pour sa part, M. Ahtisaari a estimé devant la presse que le processus de décision sur le statut "ne faisait que commencer".