| Rude coup pour la mafia bulgare. Dans une dizaine de jours, Atanas Atanasov, 34 ans, considéré comme un caïd de la région de Varna, à l'est du pays, devrait être livré à la justice lyonnaise, accroché dans un dossier de proxénétisme aggravé. L'homme résidait dans une luxueuse villa avec vue sur la Mer noire, hérissée de miradors, surveillée par une milice privée. « Il n'y croyait pas, il nous narguait du regard » se souvient un enquêteur au moment de l'arrestation, mardi 27 mars. L'opération menée par une unité d'élite bulgare, équivalente au Raid français, a permis de saisir 42 000 euros et des chargeurs de Kalachnikov chez lui. Atanasov est décrit comme un personnage de poids dans la hiérarchie mafieuse bulgare, dans un pays où la frontière entre organisations criminelles et services officiels reste encore bien floue, parsemée de voitures piégées en guise de règlements de compte. Son voisin de pallier n'était autre qu'un ancien haut responsable policier. Son rôle est apparu dans une enquête menée depuis Lyon par le groupe de lutte contre le proxénétisme de la direction interrégionale de police judiciaire (DIPJ) et le groupement d'intervention régional (GIR). Au départ, l'interpellation en octobre 2006 de deux proxénètes présumés, qui plaçaient des jeunes femmes bulgares sur les trottoirs lyonnais, notamment vers le pont Galliéni. Parmi eux, un garagiste basé à Villeurbanne, dont les locaux servaient de point d'arrivée des recrues. Une dizaine de prostituées auraient ainsi généré 180 000 euros en six mois. La donne change
L'enquête du GIR et de la PJ a permis de retracer des virements plus importants. De bureaux de change en intermédiaires véreux, les enquêteurs lyonnais ont remonté la piste au coeur de la mafia implantée à Varna, plaque tournante de trafics humains. « Un vrai coup de pied dans un banditisme de haute volée » estime une source judiciaire. Rumen Mitkov, 29 ans, Veli Mehmed, 37 ans, Dobromir Vasilev, 34 ans, alias Bobito, interpellés simultanément, lieutenants présumés du réseau, sont aussi en instance de transfert, après un mois et demi d'atermoiements juridiques et un ultime feu vert de la justice bulgare. Le juge d'instruction de Lyon a ainsi obtenu une première judiciaire : les premiers mandats d'arrêts européens exécutés par la Bulgarie. « Les chefs des réseaux habituellement protégés dans leurs régions d'origine ne sont plus intouchables, ça change la donne » se félicite un responsable de la PJ de Lyon. Richard Schittly Des casseroles encore chaudes Au moment de son arrestation, le caïd Atanasov était seul chez lui. Ses gardes s'étaient mystérieusement absentés, les casseroles encore chaudes dans leurs cahutes. Comme si une fuite, quelque part entre Sofia et Varna, les avait prévenus. L'enquête lyonnaise a néanmoins pu aboutir. Deux magistrats et une équipe d'enquêteurs de la PJ et du GIR, appuyés par un actif officier de liaison français, s'étaient rendus en Bulgarie du 25 mars au 5 avril. « Une réussite de coopération policière et de l'espace judiciaire européen » estime un magistrat du parquet de Lyon. « Le dossier de Lyon était suivi de près par Bruxelles et les autres pays membres comme un test » selon un magistrat. Sofia, membre de l'Union européenne depuis le 1er janvier 2007, a voulu donner des gages. L'absence des gardes, le délai d'un mois et demi pour l'extradition, semblent indiquer que tout n'est pas encore simple, comme si des tractations nébuleuses se jouaient en marge des procédures officielles, dans un pays en proie à une corruption persistante. R.S. |