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Jean-Noël Guérini, candidat aux prochaines municipales de Marseille et Christophe Lopez, Vice-président du Syndicat national des entreprises gays (Sneg), ont donné un entretien croisé dans le dernier numéro du magazine des gays et des lesbiennes TETU. Nous vous présentons cette interview in extenso :
” Avant tout, comment travaillez-vous tous les deux ?
Christophe Lopez : Cette rencontre nous a permis de confirmer que nous étions l’un et l’autre totalement en phase. Jean-Noël n’a pas découvert les sujets qui concernent les gays et les lesbiennes à la veille des élections. Ensuite, le discours est vérifié au quotidien par des actes, ce qui est très important pour moi. Je ne me suis jamais autant engagé au plan politique, et si ouvertement. Si je le fais aujourd’hui, c’est d’abord pour l’homme, ses convictions, ses projets. Il a une bonne faculté d’écoute. Moi j’ai créé plus de quinze entreprises dans des registres très différents, tourisme, formation… Désormais, je dirige une entreprise gay à Marseille et j’aborde avec lui toutes les problématiques gay sans aucun tabou, car Jean-Noël Guérini n’en a pas.
Etes-vous satisfaits de ce qui existe à Marseille pour les gays et les lesbiennes, et que proposez-vous ?
Christophe Lopez : Sur bien des sujets, le bilan de la municipalité sortante est mauvais, et sur la question de l’égalité des droits, il l’est particulièrement. Car, à part donner quelques subsides à la gay pride, rien n’est fait sur le reste. Il avait, notamment, été question d’un centre LGBT qui n’a finalement jamais été mis en place. Les quelques associations à Marseille qui essayent de survivre, sur la question de la culture notamment, sont quasiment abandonnées. Nous sommes donc loin d’être contents. Rien n’émerge.
Jean-Noël Guérini : Marseille, aujourd’hui, est une ville extraordinaire. Mais, pour le maire sortant et après treize ans de pouvoir, c’est l’échec dans les domaines de l’économie, de la solidarité, des transports, du logement et de la propreté. Si je suis élu maire, je serai le maire de tous les Marseillais , y compris celui des gays et des lesbiennes, et non pas de celui de quelques strates de la société marseillaise. Pour moi, les homosexuels sont des citoyens à part entière de notre ville. Il y a quelques mois, j’ai reçu le président de la gay pride pour préparer deux futurs événements : la gay pride traditionnelle du mois de juin, et l’Europride, dans deux ans. Je lui ai promis que le Conseil général serait un véritable partenaire. En tant que maire, je serai présent à la gay pride.
Comme cela se passe dans de nombreuses grandes villes…
Jean-Noël Guérini : Oui, comme Bertrand Delanoë et Jack Lang participent à la gay pride à Paris. Le contraire serait anormal : je me montrerais sectaire si je finançais la manifestation sans y participer. D’ailleurs, si je suis élu, ça sera certainement l’une de mes premières manifestations officielles ! Et j’y participerai, avec plaisir et bonheur ! Je veux que les gays et les lesbiennes sachent qu’ils seront aimés par le maire et mon équipe municipale.
Une loi contre l’homophobie a été votée au Parlement en 2005. Comment l’appliquer au niveau local, au-delà du volet répressif ?
Jean-Noël Guérini : Votre question, c’est la vie gay dans la cité, dans les quartiers « sensibles ». Or je ne veux plus parler de quartiers « sensibles », et, même si certains problèmes de société s’y posent, il ne faut pas tomber dans le piège de la discrimination ethnique ou de la culture d’origine. C’est un vrai problème, il faut être honnête. Mais c’est celui de la société française dans son ensemble, et ce n’est pas qu’un problème marseillais. Pour preuve, si l’on fréquente les endroits gays, il est facile de voir que toutes les communautés, mais aussi tous les âges, toutes les strates socioculturelles et économiques de la société marseillaise y sont présentes.
Le prochain maire de Marseille devra réellement préserver la tolérance, d’abord en maintenant la mixité qui est au fondement de notre âme marseillaise. Et nous devrons donner l’exemple. Moi je serai un maire moderne, du XXIe siècle, sachant donner confiance à l’autre, sachant innover, à l’image des grandes villes européennes ou des États-Unis… C’est pourquoi je souhaite que Marseille soit capitale euroméditérranéenne. Je veux que Marseille devienne la capitale de l’avant-gardisme des avancées sociales.
Christophe Lopez : Marseille a, effectivement, une carte à jouer. Aujourd’hui, on vient de vivre treize ans d’immobilisme, en tout point de vue, culturel, social, économique, touristique, sur l’égalité des droits. L’équipe qui se dessine aujourd’hui à gauche va offrir à la ville une nouvelle jeunesse. Au niveau gay, le tissu commercial est extrêmement pauvre car il n’est pas favorisé, il n’y a pas d’initiatives. Le métro ferme à 21 heures, comment voulez-vous que les gens sortent ? Dans la deuxième ville de France ? 21 heures, c’est invraissemblable.
Jean-Noël Guérini : Ils ferment le métro à 21 heures, mais ils l’ouvrent jusqu’à 1 heure du matin pour les matchs de l’OM ! C’est la vérité ! J’ai d’ailleurs pris l’engagement d’ouvrir le métro au minimum jusqu’à minuit.
Peut-on imaginer des cérémonies de pacs à la mairie ?
Jean-Noël Guérini : La mairie est la maison commune de tous les Marseillais. J’appliquerai les lois de la République, mais je suis ouvert au mariage ou à l’union civile, et pas devant les tribunaux !
Vous parliez d’innovations. Quels outils concrets comptez-vous mettre en place pour une meilleure « vie gay » à Marseille ?
Jean Noël Guérini : Pour moi, les gays et les lesbiennes ont toujours été à l’avant-garde. Et mon devoir sera de les accompagner à travers des projets fédérateurs. La ville de Marseille s’investira sur les champs de la visibilité. Au moment de la gay pride, bien sûr, mais aussi pour un certain nombre de festivals, qu’ils soient festifs ou culturels. Je prends l’engagement que nous réfléchirons à la création du centre LGBT qui manque à Marseille, et, pourquoi pas, à la mise en place d’une charte d’accueil, comme cela existe dans un certain nombre de villes comme au Mans, ou sur l’Île de la Réunion.
Si je suis élu, si vous le voulez bien, je vous recevrai dans un an pour faire un premier bilan de nos actions. Enfin, en relation avec le monde associatif, nous travaillerons dans le domaine de la prévention dès l’école, et dans tous les arrondissements et les quartiers de Marseille. Car trop de jeunes vivent encore mal leur découverte de l’homosexualité, confrontés au rejet et à la solitude.
Une charte d’accueil ? Justement, Marseille n’a-t-elle pas une mauvaise image ?
Christophe Lopez : Comme la ville est totalement immobilisée, les jeunes s’en vont, ainsi que la vie gay… Au niveau culturel, plein de jeunes voudraient organiser des rencontres musicales sur des scènes diverses et ce n’est pas possible. C’est la culture de l’électoralisme où on ne fait pas de bruit, où on ne gène personne, et donc il ne se passe rien. Au contraire, notre équipe a la volonté de mettre la ville en mouvement à tous les niveaux de la société, parce que les gens sont en demande.
Le tissu économique gay marseillais est totalement paupérisé. Comme je le dis souvent, ce n’est pas grave si je perds 200 gays marseillais qui partent en week-end à Barcelone pour 40 euros, du moment que j’en récupère 100 de Barcelone, 100 de Paris, 100 d’Amsterdam… Alors que Marseille est desservie par des compagnies aériennes « low cost », tout le monde s’en va et personne n’arrive. Il est impératif de devenir une ville attractive. “
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