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Le succès de l'extrême droite en Autriche, où les deux partis qui s'en réclament ont totalisé 28 % des voix, a-t-il valeur d'exemple en Europe ?
C'est difficile de déterminer une tendance visible dans toute l'Europe. Au début des années 1980, la vague des partis d'extrême droite formait un ensemble assez cohérent autour des partis populistes xénophobes scandinaves, du FN français, de la Ligue du Nord italienne, du FPÖ autrichien, du Vlams Beelang en Flandres. On a davantage aujourd'hui des situations nationales éclatées. Il s'agit de partis de nature différentes et si certains d'entre eux ont le vent en poupe, ils butent sur l'obstacle du pouvoir.
L'extrême droite autrichienne a toujours existé. Après la guerre, elle s'est reconstituée à la fois en prenant des électeurs chez ceux qui ont toujours formé la famille "deutschenationale", mais aussi à travers les transferts d'électeurs, voire de militants venus de la gauche.
Le phénomène politique n'est pas le même ailleurs. On a vu apparaître des partis politiques issus de la droite classique qui se radicalisent pour devenir des formations d'extrême droite sans avoir de racines à l'extrême droite. En Suisse, l'UDC est un parti de gouvernement qui, à un moment donné, prend un autre positionnement politique sous la direction de Blocher. Le Parti du peuple danois et le Parti du progrès norvégien sont des droites populistes xénophobes radicalisées, mais qui sont partie intégrante de la scène politique traditionnelle. Les pays scandinaves ne les considèrent pas comme étant d'extrême droite. Ils les appellent des nouvelles droites.
Assiste-t-on en Autriche à une montée du nationalisme ou à un vote contestataire ?
Les deux. En Autriche, l'offre politique, gelée par les deux grands partis, est assez peu diversifiée. Tout naturellement l'extrême droite tend à récupérer une partie du vote de défiance. Il y a tout de même un fond nationaliste, un fond anti-européen, de valeurs autoritaires et xénophobes qui perdurent.
La crise de la construction européenne s'exprime-t-elle dans ce vote ?
Incontestablement. C'est un des problèmes majeurs de la gauche que de voir lui échapper une partie des électeurs les plus populaires qui ont envie d'entendre sur cette question un discours qui soit celui d'une réorientation de l'Union européenne sur des bases plus sociales. Et non pas simplement la simple acceptation de la situation actuelle.
Les électeurs qui filent à l'extrême droite en provenance de la gauche ne sont pas des gens qui veulent que leur pays sorte de l'Union européenne. Il faut que la gauche entende les raisons pour lesquelles elle voit des électeurs partir par wagons à l'extrême droite.
Pourquoi les résultats de l'extrême droite en Autriche ne provoquent pas la même réprobation internationale qu'en 2000 ?
Les sanctions mises en oeuvre par l'Union européenne en 2000, lors de l'entrée de l'extrême droite dans le gouvernement autrichien, ont été âprement discutées, y compris en Autriche elle-même. On s'est interrogé sur leur efficacité. Est-ce que les sanctions contre l'Autriche ne contribuaient pas à renforcer les partis d'extrême droite qui pouvaient tirer parti du sentiment d'exclusion qu'elles provoquaient ? Il y a eu aussi débat sur la faisabilité des sanctions. Celles qui ont été mises en oeuvre par l'UE contre l'Autriche en 2000 sont très vite tombées en désuétude. Et lorsqu'aux élections suivantes, en 2002, le FPÖ a régressé considérablement, tout le monde s'est dit qu'effectivement il n'y avait pas matière à s'affoler puisque l'extrême droite avait prouvé une fois de plus son incapacité à survivre à l'épreuve du pouvoir. Sauf que l'échec de Haider a été provoqué par un programme ultralibéral qui allait à l'encontre de la sociologie même de l'électorat du FPÖ de 1999, composé à 50 % d'ouvriers.Assiste-t-on à une banalisation de l'extrême droite ?
Tout le monde s'est focalisé sur l'Autriche. Mais que fait-on de l'Italie lorsque des ministres du gouvernement Berlusconi appartenant à la Ligue du Nord s'avisent de demander que la marine italienne tire à la canonnière sur des embarcations de clandestins ? Lorsqu'une partie de la classe politique flamande reprend le vocabulaire utilisé par le Vlams Beelang, est-ce qu'il y a sanction ? Si demain le Vlams Beelang arrivait au pouvoir, ne serait-ce qu'à Anvers, est-ce que l'UE prendrait des sanctions ? Est-ce qu'il y a eu sanction contre la Pologne au prétexte que la Ligue des familles était au gouvernement ? Pour que les sanctions soient efficaces, il aurait fallu qu'elles soient appliquées partout.