Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Bienvenue à toutes et à tous sur mon blog politique. Vous y trouverez mes textes ou ceux de mes collaborateurs, des articles intéressants, des munitions idéologiques, des blagues pour vous détendre un peu dans ce monde de brut, et quelques photos et imag

Publicité

"Battle for Haditha" : au coeur du conflit en Irak


Le projet est ambitieux. S'emparer d'un fait réel - un crime de guerre commis par des marines américains à Haditha, en Irak en 2005, qui a coûté la mort à 24 civils - pour en cartographier les ramifications, en décoder la genèse, en montrer le déroulement, en envisager les conséquences.

Ancien documentariste, le réalisateur britannique Nick Broomfield a construit son film sur un principe d'économie narrative : un récit sobre et enlevé qui échappe, sauf à la toute fin, au didactisme. Ramassé sur une seule journée, il délie un écheveau d'intérêts, de sentiments, de destins individuels qui vont se fracasser les uns contre les autres, sans renoncer à les inscrire dans des chaînes de commandement qui, de part et d'autre, ont attisé les braises du massacre.

Dès les premiers plans, on est plongé au coeur d'un conflit qui a pourri, où des soldats américains meurent dans des attentats et sont conditionnés pour voir dans chaque Irakien, homme, femme et même enfant, un terroriste en puissance - et donc pour les tuer sans sourciller.

On suit une poignée de jeunes marines, plutôt sympathiques, déroutés par cette guerre qui les a d'abord transformés en combattants acharnés, pour les convertir ensuite en soldats de la reconstruction, et puis, face à la violence persistante, les engager dans une autre forme de combat meurtrier, achevant de les convaincre qu'ils ont été sacrifiés sur l'autel d'une realpolitik absurde et spectaculaire. On découvre un couple d'Irakiens qui parvient encore à s'aimer, attend un enfant, projette de fuir l'Irak pour se construire ailleurs une vie meilleure. On rencontre un jeune homme et son oncle, des commerçants engagés dans la résistance à l'occupant américain. On comprend la manière dont, le chaos aidant, leur action, laïque, est récupérée sans effort par une mouvance islamiste qui a tout à gagner de l'intensification de l'horreur.

En quelques scènes prises sur le vif, Broomfield fait ainsi exister un petit archipel de personnages criants de véracité, qui ont tous en partage, quel que soit leur camp, quels que soient leurs actes, un fonds commun d'humanité.

LA FUITE DES COUPABLES

Simple mais exemplaire, une scène montre deux marines qui, au début de la journée, se rendent dans la boutique des résistants, achètent quelques DVD au neveu, échangent quelques blagues avec lui, sans savoir qu'il se prépare à poser une bombe sur leur route. L'attentat va coûter la vie à l'un des leurs, blesser deux autres de leurs camarades, et les catapulter dans une spirale vengeresse aveugle. A l'initiative du caporal Ramirez, et avec l'aval d'une hiérarchie dont le programme se résume à "plus aucun marine ne doit mourir dans ce secteur", le bataillon va d'abord exécuter les passagers d'une voiture qui a eu le tort de se trouver à leur côté au moment de l'explosion, puis décimer un à un les habitants des deux immeubles voisins au prétexte que les poseurs de bombes sont potentiellement parmi eux. Pendant ce temps, les coupables ont pris la fuite, et assistent effarés au désastre qu'ils ont déclenché.

L'auteur n'excuse pas l'acte des soldats, pas plus qu'il ne justifie celui des poseurs de bombes. Il se contente de montrer comment l'anomie conduit à la barbarie, en coupant les êtres de la réalité dans laquelle ils vivent. Battle for Haditha se présente ainsi comme le parfait contrechamp à Dans la vallée d'Elah, de Paul Haggis (2007), qui montrait la manière dont l'expérience irakienne conduisait des vétérans d'Irak, une fois de retour aux Etats-Unis, à commettre des actes inhumains. En jouant sur l'émotion, Broomfield fait ressentir la nature du désastre humain, et moral, engendré par cette guerre, tout en en offrant un tableau documentaire crédible. On regrette toutefois que ce bel acte politique se termine par une charge de pathos inutile.


Le Monde
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
B
A voir aussi sur DeDefensa.org:<br /> <br /> "L’Afghanistan prend la vedette"<br /> <br /> http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=4874
Répondre